En Grande Bretagne, la plupart des cafétérias des hôpitaux sont gérés par des organisations volontaires. Leurs bénévoles proposent aux patients, au personnel et aux visiteurs une tasse de thé, de café, des soupes, des boissons fraîches, des sandwiches et des confiseries et parfois des fleurs, journaux, mini-bibliothèques, etc. Ces mêmes bénévoles sont très appréciés pour leurs petites attentions : prêter une oreille sympathique, converser avec les malades et renseigner les visiteurs.
Ces cafétérias sont le point de ralliement des bénévoles qui proposent gratuitement des services allant bien au-delà de la tasse de café. Ils accompagnent les patients à l’hôpital en voiture, font des allées/retours pour les amener aux visites post opératoires, cherchent des ordonnances à la pharmacie, tiennent compagnie aux malades dont la mobilité est réduite et rendent d’innombrables services sans compter ni leur temps ni le coût.
Les bénévoles sont organisés dans des associations indépendantes (Les Amis de l’Hôpital de telle ville) ou affiliées à des organisations nationales telles que le WRVS (Womens Royal Volontary Service).
Ces associations jouent un rôle fondamental dans le financement des hôpitaux de la NHS (National Health Service, l’équivalent de la Sécurité Sociale). D’une part, elles organisent des événements pour lever des fonds (fêtes locales, ventes, démonstrations et centralisent les dons et legs). D’autre part, elles reversent intégralement les bénéfices des cafétérias aux hôpitaux.
Cependant, dans le circuit financier, elles payent traditionnellement un petit « loyer » à l’hôpital en échange des locaux occupés.
Or Compass, via Médirest, qui sous-traite déjà la restauration hospitalière, la propreté et certains services annexes, attaque ce marché en proposant aux fondations gestionnaires des hôpitaux, des loyers équivalents à ceux des centres commerciaux pour installer à leur place des Burger King, Café Ritazza et autres Upper Crust.
Devant les déficits qui se creusent, les fondations sont tentés de faire affaire. Déjà quatre hôpitaux ont cédé, dont celui d’Addenbrooke à Cambridge et celui de Bedford. Ce dernier a informé les bénévoles qu’ils doivent plier bagages et libérer les locaux.
La WRVS, l’une des plus grandes organisations volontaires du pays s’attend à une bagarre pour retenir ses cafétérias. Il lui est impossible de payer des loyers commerciaux mais l’association met à disposition 28 000 bénévoles dans 400 hôpitaux. « Cette année sera cruciale », estime son directeur général, Mark Lever, « nous allons devoir faire valoir que le travail de nos volontaires a une valeur qui ne peut être chiffrée en termes monétaires ».
Les médecins et consultants de la NHS sont furieux et commencent à organiser la riposte. Des centaines d’entre eux ont déjà exprimé leur opposition sur un site internet destiné à alerter l’opinion publique. Ils font valoir que cette mesure répond peut-être à un besoin d’argent à court terme mais exclut du compte, les services rendus qui ont un effet immesurable sur le bien-être et la sécurisation psychologique des patients. Le service rendu sur place sera plus cher et moins bon, disent-ils.
Paradoxalement, soulignent certains, on fait disparaître les services volontaires au moment où l’évolution démographique en créera un besoin de plus en plus prononcé. C’est pourquoi certains soupçonnent Médirest de vouloir écarter les bénévoles afin de proposer plus tard les mêmes services sur une base commerciale, grèvant davantage le déficit du NHS.
A l’hôpital d’Addenbrooke spécialisé dans les maladies cardiaques et recevant des milliers de patients chaque année, la fondation a conservé une cafeteria de la WRVS dans sa clinique de soins externes. Dans l’immeuble principal, on trouve les marques citées plus haut gérées sous franchise par Médirest. Mais la compagnie annonce d’ores et déjà son intention d’introduire des machines de vente automatique. Pour prévenir les écarts de régime, faire la conversation aux malades et renseigner les visiteurs, on ne trouve pas mieux !

Source (principale) : The Observer