186 millions d’euros en 2005 ! C’est le montant des ressources supplémentaires dépensées par le gouvernement pour faire la promotion de l’apprentissage durant cette deuxième année de campagne. Résultat : en mars 2006, les apprentis étaient au nombre de 382 000 contre 356 000 en mars 2005. Une augmentation de moins de 8% de leur nombre.
Cela fait 487 € (un demi mois à deux mois de salaire) par élève et 6 413 € par apprenti supplémentaire recruté par rapport à 2004. Quelle efficacité de l’utilisation des fonds publics !
Sachant que le secteur de l’hôtellerie/restauration forme environ 10% du nombre total des apprentis et que deux sur trois d’entre eux quittent la profession dans les trois ans, ce sont quelques 20 000 euros qui ont été dépensés pour persuader un seul salarié à faire face à la pénurie de main d’œuvre !
Au total, cet effort ne devrait pas améliorer les effectifs de la profession de plus de 2 à 2,5%.
Pour la prochaine année scolaire, le gouvernement va rajouter encore 20 millions d’euros pour recruter des élèves à partir de 14 ans dont la plupart seront apprentis dans notre profession et le commerce de détail.
Mais si on dépense autant pour séduire écoles, entreprises et familles, l’apprenti lui, reste toujours dépendant des parents pour sa survie économique. En effet, il touchera un salaire exprimé en pourcentage du SMIC en fonction du tableau ci-dessous.
Un avant goût de l’attractivité d’une carrière dans notre branche professionnelle où plus de 50% des salariés sont payés au SMIC !

Année d’exécution du contrat
Âge de l’apprenti
Moins de 18 ans

De 18 ans à moins de 21 ans

21 ans et plus
1re année
25%
41%
53%
2e année
37%
49%
61%
3e année
53%
65%
78%

Ce tableau démontre l’intérêt financier pour un employeur de « prendre » un apprenti. On est loin des âmes bienfaisants et désintéressées dont certains syndicats patronaux se font les champions

Exonération totale des cotisations patronales – jusqu’à 450 €/mois
Exonération des cotisations sociales salariales – jusqu’à 170 €/mois
Gain minimum sur le salaire brut plafonné à 78% du SMIC – au moins 298 €/mois
Gain maximum sur le salaire brut plancher à 25% du SMIC – 1 017,80 €/mois
Prime – 1 000 €/an (versée à l’employeur par la région)
Crédit d’impôt – 1 600 €/an.
Ce qui fournit un gain total calculé au tableau suivant :

Année d’exécution du contrat
Gain pour l’employeur dans l’année par rapport à un salarié payé au SMIC
Moins de 18 ans
De 18 ans à moins de 21 ans
21 ans et plus
1re année 23 607 € 20 585 € 18 318 €
2e année
21 341 € 19 074 € 16 807 €
3e année
18 318 € 16 051 € 13 596 €
Total (pour un contrat de 3 ans) 63 266 € 55 710 € 48 721 €

Quand le salaire minimum (SMIC) est devenu une référence pour la rémunération d’une branche professionnelle, que les employeurs trouvent exorbitant une grille de salaires où l’encadrement commence à SMIC + 9%, avouez que c’est une bonne affaire !
Et oui, pour quelques 50 à 60 000 € en trois ans, cela vaut le coup de gueuler des ordres et distribuer quelques « coups de pied au cul » ! La situation est devenue tellement absurde que le gain réalisé payerait le salaire du Chef de cuisine.
Merci qui ?

Notes :

(1) Ne tient pas compte des avantages en nature, également exonérés des cotisations patronales.