Un jour, les cantines scolaires sont en grève. Un autre, 450 salariés d’Azur Restauration manifestent devant la Mairie sous les banderoles de la CFDT et de FO. 1200 parents d’élèves pétitionnent Monsieur le Maire. Voici le climat sur la côte ces derniers jours.
Face à cette mobilisation massive, la Municipalité de Nice a décidé de jouer la montre. En annonçant que sa décision sera rendue publique le 8 juillet, elle espère profiter des vacances pour désamorcer le conflit.
En effet, les vacances scolaires débutent et les employés d’Azur Restauration sont en contrat intermittent (ils ne sont pas payés pendant les vacances scolaires). Le Conseil Municipal souhaite donc que la transition puisse se faire en douceur avec un premier contact entre les salariés et leur nouvel employeur en position de force à la rentrée. On espère que les parents d’élèves, les congés aidant, auront oublié « les mamies » surtout si le successeur dispense quelques repas améliorés à la rentrée.
Ainsi, le nouveau sous-traitant reste inconnu au moins jusqu’au 8 juillet mais la Mairie précise que le choix porte soit sur Compass soit sur Sodexho. Selon des informations de source syndicale dans ces entreprises, c’est Sodexho qui aurait emporté le marché. Toutes deux sont des multinationales de la restauration collective avec leurs propres structures administratives et gestionnaires déjà implantées dans la région.
Cependant, Azur Restauration est une filiale de Sogeres qui est à son tour filiale de Sodexho. En somme, il s’agit du même groupe.
Pourquoi un groupe répondrait à un même appel d’offres via deux de ses filiales avec des prix de vente différents ? Azur Restauration, bien entendu, a été obligé de répondre sur les bases de son organisation actuelle avec siège social et personnel administratif compris. Sodexho peut répondre en en faisant l’économie ; ses structures existantes absorberont la charge de travail supplémentaire comme le ferait Compass ou tout autre postulant.
La Convention Collective Nationale des personnels des restaurants de collectivités dans son avenant n° 3 (contrairement à l’article L122-12 du Code du Travail qui stipule le maintien en l’état de tous les contrats de travail) prévoit que seuls les salariés de statut employé sont repris par le successeur en cas de changement de prestataire. Les membres de l’encadrement, pour bénéficier de la même disposition doivent faire l’objet d’un accord tripartite entre le salarié, le cédant et le repreneur.
En l’absence de ce contrat, Azur Restauration pourrait se retrouver dans l’obligation d’initier un projet de licenciement économique à leur encontre.
Cette passation de marché se fait donc uniquement sur les frais de main d’œuvre. C’est illustration même de la situation des salariés de la restauration collective que la CFDT dénonce depuis 30 ans.
Les personnels administratifs, les cadres et les agents de maîtrise risquent des licenciements économiques (1). Les employés, la remise en cause de leurs avantages acquis, leurs heures de travail et la disparition de la représentation du personnel (en changeant d’entreprise, les institutions sont remises en cause).
La CFDT demande à la Municipalité de Nice dès maintenant de prendre toutes ses responsabilités pour garantir le maintien de tous les emplois en l’état. Les personnels des cantines ont déjà le souci de survivre l’été sans revenus, ils ont le droit d’avoir l’esprit tranquille quant à la question de retrouver leur emploi à la rentrée.

(1) Dans ce cas, Sodexho aurait tout de même l’obligation de leur rechercher des reclassements (qui aboutiraient ou non) à l’intérieur du groupe.