Cette fois, c’est le vénérable « Times » qui publie un article dans son numéro de ce jour mettant en cause les pratiques d’approvisionnement de Compass Group, n° 1 européen de la restauration. L’article révèle un abus de position dominante vis-à-vis de ses fournisseurs. Le groupe leur achète chaque année pour plus de 5 milliards de livres sterling (8 milliards d’euros) de marchandises et de services.
Le Times fait état d’un contrat de 3 pages entre Compass Group et l’un de ses fournisseurs britanniques, « Robert Scott & Sons » exigeant des frais totalisant plus d’un million de livres pour obtenir l’attribution d’un marché de nettoyage. Ces frais incluent un paiement d’avance de £245 000 livres pour des « marchés tiers présentés par Compass à Robert Scott » auxquels s’ajoutent £394 455 de « versement inconditionnel et non remboursable de tiers » à verser par mensualités. Robert Scott est également tenu de verser £400 000 pour couvrir « un déficit du fournisseur précédent ».
Le contrat décrit à titre d’exemple, comment la société Robert Scott doit doubler le prix de certains se ses produits lorsqu’elle les facture à la centrale d’achats qui les distribue aux unités de restauration de Compass Group à travers la Grande Bretagne. Cette surfacturation est ensuite ristournée mensuellement à Compass. Dans un exemple, Compass indique comment des brosses de nettoyage coûtant £0,24 doivent être facturées £0,48 par Robert Scott & Sons à sa filiale King UK et ensuite rendre les £0,24 de surfacturation à Compass.
Dans certains cas, selon le Times, King UK doit ajouter une nouvelle marge supplémentaire lorsque la facture est établie directement au nom du client final de Compass Group. Cette marge serait alors intégralement ristournée à Compass.
Ivan Shenkman, directeur général de PSL, un cabinet spécialisé dans les achats consulté par le Times, relate que ces pratiques sont courantes dans le secteur et que le manque de transparence commence à porter préjudice à l’industrie de la restauration sous contrat. « L’utilisation des frais de listage, des surfacturations, « d’arrière marges » et de remises ultérieures sont des moyens inacceptables d’améliorer le résultat car celui qui règle la facture est totalement inconscient de leur existence ».
Dans une note de recherche, la Deutsche Bank relate que Compass Group « s’est montré innovateur dans sa manière de contrôler la chaîne d’approvisionnement mais qu’en conséquence, les véritables coûts des achats étaient sensiblement moins élevés que les clients pouvaient croire ».
Qu’en est-il de ces pratiques en France où les grands groupes de restauration ont aussi leurs centrales d’achat ? Ce que nous savons, c’est que dans la plupart des cas, elles sont filialisées de manière à les rendre étanches à l’implantation syndicale, à la participation aux comités centraux d’entreprise et à la participation aux bénéfices des personnels du groupe concerné.

Source : The Times