Alors que les employeurs s’emportent à propos de la pénurie de main d’œuvre en France, le journal à tendance patronale « l’Hôtellerie » publie cette semaine un étonnant dossier. Il fournit aux jeunes, qualifiés dans les HCR, tous les bons tuyaux pour travailler
en Angleterre ! Curieux conseil que d’exporter leur savoir-faire professionnel acquis et financé en France
Mais après tout, vu le rythme auquel les jeunes quittent la profession, au moins, cela ne sera pas perdu pour tout le monde dans cette grande famille européenne.
Plus étonnant encore, ce dossier nous apprend que les « mauvaises » conditions de travail en Grande Bretagne tant décriées par les médias, ne sont pas si mauvaises que cela. Bien au contraire, elles sont tout à fait comparables, voire meilleures – du moins dans les HCR – qu’en France.

En effet, on apprend que l’on peut effectuer en Grande Bretagne jusqu’à 48 heures par semaine en moyenne sur 3 mois. Idem en France où on peut même atteindre des pointes de 54 heures et/ou subir une modulation ou une annualisation des horaires.
Les heures supplémentaires ne sont pas toujours majorées. Là aussi, idem en France pour les raisons évoquées ci-dessus qui permettent d’établir une moyenne autour de la durée légale du travail. Sans cela, la majoration des 4 premières heures a récemment baissé.
Minimum 11 heures de repos entre deux journées de travail et minimum 20 minutes de pause toutes les six heures. Pareil qu’en France !
Un contrat de travail est obligatoire ainsi qu’un bulletin de salaire tous les mois. En France, malgré la stipulation de la Convention Collective, les employeurs qui optent pour le Titre Emploi Entreprise ne remplissent pas cette obligation. Et ils sont, paraît-il d’après le même journal, de plus en plus nombreux !
Le salaire : « ce n’est pas parce qu’il est payé en liquide qu’il n’est pas déclaré ». Ce qui est loin d’être le cas en France où le secteur est le champion de l’évasion fiscale.
La période d’essai d’un ou deux jours ( !) n’est pas toujours payée. Aussi le cas en France mais cette période d’essai n’est pas la période d’essai officielle. Aussi, désormais, la période d’essai (bien que payée) en France peut atteindre deux ans au lieu de deux jours en Angleterre !
Le montant du salaire minimum est tout à fait comparable au SMIC en France d’autant plus que les cotisations sociales prélevées sur le bulletin de paie comprennent l’impôt sur le revenu. Dans la plupart des cas, le montant net perçu par le salarié est donc supérieur à celui perçu en France.
Seul bémol, les 4 semaines de congés payés qui « peuvent » comprendre les 8 jours fériés auxquels les salariés ont droit (car l’entreprise est fermée). En France, nous avons 5 semaines de congés mais droit seulement à 3 jours fériés (alors que les autres branches en ont 11). Ceci dit, l’entreprise n’est pas toujours fermée et ces jours peuvent être travaillés (récupérés ou payés en heures sup). En Angleterre, la majorité des salariés savent au moins, les dates des huit jours de repos qui sont fixes et peuvent planifier en conséquence.
Tout cela est donc tout à fait comparable à ce qui se passe en France, sauf que « les Anglais n’hésitent pas à donner leur chance à ceux qui se montrent travailleurs et compétents, quelle que soit la position hiérarchique de départ. On peut donc commencer très bas, et grimper les échelons de la hiérarchie assez rapidement
»
. Autrement dit, on ne reste pas « collé » au salaire minimum comme c’est le cas en France avec la moitié des salariés de la branche au SMIC. Les jeunes peuvent conserver bon espoir de faire carrière dans la profession avec des conditions de travail et de salaire qui s’améliorent dans le temps.
Messieurs les patrons, retenez la leçon !
Bien entendu, à la CFDT, nous préconisons que les jeunes restent, se syndiquent, et se battent pour améliorer les conditions d’exercice de leur profession.

« l’Hôtellerie » n° 2939 du 25 août 2005