A l’heure où la mode est au commerce équitable, la plupart des bistrots chics propose aux consommateurs un café plus cher portant un label spécialisé dans le genre Max Havelaar.
Dans des efforts destinés à remplir leurs rapports de développement durable, qu’il est désormais quasiment obligatoire de joindre au rapport annuel des comptes, les multinationales françaises cherchent des bricoles à rapporter.
Ainsi, on apprend par « Les Echos » que le groupe Elior exige désormais de ses fournisseurs qu’ils soient socialement responsables. Pour les tenues de ses 22.000 salariés en France, le groupe de restauration [exige] par exemple qu’ils ne fassent pas travailler d’enfants. Mais payer les producteurs de coton une rémunération convenable, voire pousser le développement durable dans ce secteur n’est pas encore à l’ordre du jour : « Nos besoins sont tels que les filières en place ne nous garantissent pas, pour le moment, un approvisionnement suffisant ».
Hormis des déclarations d’intention sans impact sur le monde réel, comment peut-on mesurer la responsabilité sociétale d’un groupe comme Elior ? Est-ce que ses salariés ont les moyens de soutenir le commerce équitable en payant leur petit café plus cher ?
On se doute bien qu’à part ses directeurs généraux, bien peu peuvent se le permettre. Avec plus de 60% de ses salariés rémunérés au voisinage du SMIC et la quasi-totalité en dessous des 1,6 fois le SMIC, le groupe Elior profite au maximum des remises de cotisations sociales octroyées par le gouvernement aux entreprises.
Alors socialement responsable, le groupe Elior ? D’une part, il contribue le moins possible au financement des régimes de protection sociale de ses salariés. Et d’autre part, il restreint leur pouvoir d’achat à des niveaux où les salariés ne peuvent « consommer équitable ».
En effet, lorsqu’on gagne le SMIC, est-ce qu’on peut se permettre d’être regardant sur l’origine de ses vêtements ou de ses équipements ménagers. Bien sûr que non, on regarde d’abord le prix et on ne pense même pas à la provenance du produit !
Quelle hypocrisie derrière ces campagnes de « greenwashing » (1) orchestrées non seulement par Elior mais également par les autres multinationales du secteur.
Notre Syndicat les dénonce avec force et revendique des salaires équitables pour leurs salariés. A commencer par une grille de salaires qui ne soit pas libellé en Francs ! Une grille qui dépasse les propositions actuelles dont les rémunérations de l’encadrement débuteraient à 107% du SMIC.
Pour la CFDT, des multinationales qui se veulent socialement responsables devraient peser de tout leur poids pour tirer la profession vers le haut : qualifier, former, rémunérer et agir pour le progrès social de leurs salariés dans tous les pays où elles sont présentes.

(1) Greenwashing : une expression anglo-saxonne pour décrire la communication des entreprises qui se font « un ravalement à la peinture verte » pour tenter de convaincre le citoyen lambda de leurs bonnes intentions écologiques.