Le 31 mars 2004, quatre agents de sécurité travaillant pour une compagnie privée américaine furent massacrés après s’être perdus dans le centre de Falluja (Irak). Ils furent mitraillés à bout portant par plusieurs hommes armés arrivés à bord de deux véhicules. Une foule animée d’une frénésie meurtrière arrache leurs corps des voitures et s’y acharne, les coups de pied et piétinements pleuvent, on les coupe à coups de couteaux et les brûle. Les cadavres carbonisés de deux des hommes sont pendus sous un pont.
Les images ont rapidement fait le tour du monde et ont profondément choqué l’opinion publique américaine.
A ce jour, au moins 428 agents de sécurité employés par des compagnies privées ont trouvé la mort en Irak. Jusqu’à présent, leurs familles ont été entièrement indemnisées par le gouvernement américain. Mais dans le cas cité ici, leur employeur, la société Blackwater est poursuivie dans une procédure judiciaire équivalente à l’homicide involontaire. Elle pourrait créer un précédent mettant en jeu la responsabilité des sociétés privées concernées.
Une enquête approfondie menée par le journal « The Nation » révèle que Blackwater était impliqué, avec d’autres sociétés dans un système de facturation pyramidale destinée à faire payer plusieurs fois leur valeur, les mêmes services.
Blackwater payait ses agents $600 par jour et les facturait $815 chacun à une société Koweitienne appelée Regency Hotel and Hospital Company ; facture majorée de frais de fonctionnement et de gestion. Cette société facturait ensuite Eurest Support Services (ESS) un montant supérieur pour les mêmes services. ESS à son tour facturait KBR/Halliburton qui facturait le gouvernement américain toujours ces mêmes services. KBR/Halliburton est une société liée à Dick Cheney, l’un des fidèles de George W. Bush, déjà impliqué dans des contre verses à propos de la guerre en Irak.
Comme si cela ne suffisait pas, l’enquête établit que les contrats de fourniture de service et notamment les directives concernant la protection des intervenants des sociétés privées ont été modifiés afin de profiter des économies réalisées sur leur sécurité. Le contrat d’origine entre Blackwater/Regency et ESS stipulait que les mouvements de personnes pour le compte d’ESS devaient comporter au moins deux véhicules blindés avec un minimum de trois personnes à bord de chaque véhicule. Le troisième agent devait être à l’arrière du véhicule, armé d’un fusil-mitrailleur. Or dans le contrat signé entre Regency et Blackwater, le mot « blindé » a disparu. Les victimes étaient à deux à bord de deux voitures ordinaires. La société avait exercé une pression sur les hommes pour qu’ils partent en mission sans leur accompagnateur armé.
ESS va sans doute devoir assumer une part de responsabilité dans cette affaire, en particulier, à savoir pourquoi la société n’a pas veillé au strict respect de ses conditions contractuelles. Les indemnisations des victimes pourraient se chiffrer en centaines de millions de dollars.
On peut logiquement en déduire qu’au sein de Compass Group, la maison mère appelera les salariés à des gains de productivité supplémentaires pour compenser l’implication d’ESS dans ce nouveau scandale planétaire. Rappelons que ESS est déjà impliqué dans celui des approvisionnements des Nations Unies. Voir ici.

Sources (en anglais) :
The Nation
Reprise de l’enquête