Vous vous souvenez ? Mai 2004, Nicolas Sarkozy, nouvellement promu (?) Ministre des Finances, déclarait qu’il appliquerait avec loyauté l’engagement pris par le Premier Ministre d’accorder 1 milliard et demi d’euros d’aides publiques aux employeurs des HCR. Reprenant à son compte les déclarations d’André Daguin (président du groupuscule patronal l’UMIH) que les HCR allaient créer 40 000 emplois, il affirmait qu’il « vérifierai[t] personnellement les créations d’emplois réalisées ».
Au regard des comptes du tourisme (définitifs 2003 et provisoires 2004) disponibles depuis peu sur le site du Ministre délégué au Tourisme, nous avons de bonnes raisons d’en douter. En tout cas, ce n’est pas par les créations d’entreprises, le seul indicateur disponible à ce jour, que ces emplois verront le jour.
En étudiant la « démographie des entreprises » (page 59), on s’aperçoit que le solde positif de 1 911 entreprises entre le 1er janvier 2003 et le 1er janvier 2004 est obtenu grâce à la restauration rapide, les campings et espaces de loisirs (autres hébergements de courte durée) ; des secteurs qui n’ont pas pris d’engagement et à ce moment-là, ne s’attendant même pas à bénéficier des aides.
Les principaux secteurs pour lesquels Daguin s’engage sont en solde négatif comme le démontre ce tableau :

Secteur

1/01/03

1/01/04

Solde

Hôtels de tourisme

31 705

30 983

-722

Autres héberge. courte durée

14 030

15 004

+974

Restauration type traditionnel

91 903

92 941

+1 038

Restauration type rapide

28 078

30 233

+2 155

Cafés

40 413

38 879

-1 534

Total

206 129

208 040

+1 911

A la page 61, les auteurs constatent le ralentissement de l’emploi salarié dans tous les secteurs y compris la restauration rapide.
Revenant à la page 59 les auteurs constatent le « dynamisme » des créations d’entreprises pour aussitôt se démentir en avouant que 62,5% des créations citées dans l’hôtellerie sont des reprises, idem pour 55,3% des restaurants traditionnels et 62,5% des cafés. Or tout le monde sait que les reprises ne créent aucun emploi, les salariés sont repris sous l’article L122-12 du Code du travail (et sont souvent virés quelques mois après). Sur 36 156 créations d’entreprises citées par les auteurs, un examen attentif des chiffres permet d’affirmer que seuls 6 035 sont de véritables créations dans le secteur à Daguin. Le nombre des faillites en 2004 n’est pas encore connu mais il faudrait les déduire de ce chiffre. S’il est comparable aux années précédentes, il devrait se situer autour de 4 000. Le solde du nombre d’entreprises sera donc en réalité de l’ordre de +2 000 sur tout le territoire français.
Conclusion : les 6 mois d’aides publiques n’ont eu aucun effet sur les créations d’entreprises qui restent strictement au même niveau entre les comptes définitifs 2003 et les provisoires 2004.
A fin 2004, un tiers du temps alloué était écoulé. Au moins 13 000 emplois supplémentaires auraient du être crées grâce à ces aides. La CFDT invite « Monsieur le bis Premier Ministre » à tenir parole et à demander aux employeurs et à leur chef de file, André Daguin, à se justifier. On ne devrait pas pouvoir encaisser de l’argent public sans avoir à rendre compte de son utilisation à ceux qui l’ont versé, c’est-à-dire, nous, les contribuables.
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