La baisse de 1,5 milliard d’euros accordée aux restaurateurs s’est décidée sans les représentants des salariés.
Johany Ramos, Secrétaire National CFDT donne le point de vue de la Fédération des Services au sujet de ce nouveau cadeau gouvernemental aux employeurs de ce secteur. Un article de Frédéric Delaporte dans Syndicalisme Hebdo n° 2970 – page 9 – 26 février 2004.

Les employeurs de la branche Hôtels-Cafés-Restaurants ont obtenu ce qu’ils voulaient. Leurs salariés, toujours pas. Une semaine après la décision du gouvernement d’alléger les cotisations patronales de l,5 Md¤ l’Allemagne a levé son veto sur la baisse de la TVA pour les restaurateurs français. Elle aura donc bien lieu en 2006.
« Ce ne sont pas ces mesures électoralistes qui rendront la branche plus attractive pour les salariés si nous n’obtenons pas de contrepartie, estime Johanny Ramos, Secrétaire National à la Fédération des Services. Nous n’allons pas attendre deux ans pour prendre des mesures concrètes. La situation de l’emploi sera alors catastrophique ». Il manque actuellement 80 000 postes dans la branche.
Selon le Secrétariat d’État au Commerce, la baisse des cotisations devrait permettre d’en créer la moitié, ce qui représente 37 000 ¤ par emploi. « Nous sommes en droit de nous interroger sur la nature des emplois qui seront créés. Pour nous, il ne peut s’agir que d’emplois durables de CDI et de vraies créations de postes, pas seulement d’embauches suffisant à peine à compenser les départs », affirme Johany Ramos. La Fédération des Services n’est guère rassurée par ces annonces, d’autant que les organisations syndicales ne sont pas conviées aux groupes de travail réunis par le Secrétaire d’État au Commerce pour décider de l’utilisation de cette manne.
Dialogue social en panne. « Cest une curieuse conception du dialogue social. Un dialogué se mène au moins entre deux personnes. Or, pour nous, le gouvernement et le patronat parlent le même langage. Ils constituent un seul et même interlocuteur. Les allégements de cotisations c’est notre argent, et nous n’en sommes pas maîtres.» La Fédération aurait préférer voir cette aide attribuée il y a trois ans, lors de la conclusion de l’accord sur la réduction du temps de travail. Cet accord prévoyait des mesures concrètes pour rendre le secteur plus attractif : récupération des heures supplémentaires, minimum d’heures pour les temps partiels, revalorisations salariales… Il aurait créé entre 20 000 et 40 000 emplois. « Aujourd’hui, l’application des allégements de charges s’effectue de façon aléatoire et sauvage », regrette Johany Ramos.
La fédération demande depuis longtemps la création de commissions paritaires locales pour suivre les créations d’emplois et les augmentations salariales. Une rencontre avec le Secrétariat d’État sur ce sujet il y a six semaines, n’a rien donné. « Comment vérifier que 850 000 salariés ont bénéficié d’augmentations s’il n’existe aucun accord professionnel ? » Depuis cinq ans, les négociations salariales sont au point mort, et la Fédération attend toujours la conclusion d’un accord sur la prévoyance, en gestation depuis 1997. La Fédération compte mobiliser ses militants au printemps pour faire avancer ses revendications et pour « faire entrer cette profession dans le droit commun ».