Interviewé par L’Expansion, Alain Trannoy, professeur d’économie et directeur à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, argumente que le « non » à la baisse de la TVA s’impose : « C’est une très mauvaise mesure, pour plusieurs raisons. D’abord en matière d’emploi, parce qu’elle est très coûteuse par rapport à son efficacité. Mais surtout, ces emplois vont coûter très cher! Si on rapporte l’hypothèse des 40.000 créations d’emplois promises par l’industrie hôtelière, au coût de la mesure pour les finances publiques, environ 3 milliards d’euros, cela fait 70.000 euros par emploi. C’est très cher pour un emploi rémunéré au Smic hôtelier. En terme d’emploi, il est plus efficace et moins coûteux d’exonérer les charges. Seulement baisser la TVA, c’est plus intéressant pour les restaurateurs, qui pourraient augmenter leurs marges bénéficiaires ». Alain Trannoy rappelle les raisons d’une taxation à 5,5% applicables dans la restauration collective ou encore pour les produits alimentaires : «
Les produits alimentaires à 5,5% sont consommés par une clientèle populaire. Or quelle est la clientèle qui va le plus souvent au restaurant ? Ce sont les classes aisées et urbaines. Les 10% des ménages les plus riches dépensent trois à cinq fois plus que les 10% des ménages les moins aisés. Baisser la TVA revient donc à baisser le prix des biens et services consommés par les plus aisés. Donc l’équité fiscale n’y trouve pas son compte non plus. Il n’y a vraiment aucun argument pour cette baisse dans la restauration. C’est vraiment une mesure qui va à l’encontre du bon sens économique ».
Source : L’Expansion.com (20/01/06)