Dans la série « Mieux connaître ses adversaires », voici une leçon édifiante. Dans ces extraits de son audition publique devant la mission parlementaire d’évaluation des lois 35 heures, André Daguin, le condescendant président de l’Union des Métiers et des Industries de l’Hôtellerie (UMIH), prétend prendre la défense des 650 000 salariés lorsqu’il évoque le refus patronal de la RTT dans les HCR.
On ne s’étonnera plus de ses « sorties » anti-syndicales sur les ondes radio ! Et dire que cet extrèmiste vient d’être réélu à sa fonction !

C’est lui qui parle : « Nous savions qu’il n’était pas possible, dans notre secteur, de passer de 43 à 35 heures. Nous avons donc fait la guerre, également parce que notre personnel (650 000 salariés) était encore plus opposé que nous à la mise en oeuvre des 35 heures. Dans cette branche, beaucoup de personnels travaillent en effet au pourcentage. Ceux qui sont dans ce cas voulaient travailler autant qu’ils le voulaient pour gagner autant d’argent qu’ils le pouvaient. Pour un certain temps, pendant dix ans par exemple. Ensuite, ils auraient réduit leur activité ».
« Comment voulez-vous qu’une mesure autoritaire de partage du travail puisse fonctionner dans un tel secteur ? Dans notre branche, on ne peut pas découper le travail en tranche. A l’usine, c’est facile : on démarre la journée en faisant telle pièce, puis on l’arrête le soir pour la reprendre le lendemain. Chez nous, cela ne peut pas être ainsi. La seule pendule que nous avons, c’est le client quand il s’en va, et non pas quand il arrive ».
«Nous avons été très combatifs, car nous avons pris conscience que l’autorité, quand elle n’est pas tout à fait dans l’axe, génère la révolte. Beaucoup se sont contentés de gémir, mais nous, nous nous sommes révoltés et battus ».
« Naturellement, quand la TVA sera à 5,5%, nous passerons à la vitesse supérieure. Nous augmenterons les salaires, afin de parvenir à un meilleur recrutement (…) Un employé qui n’est pas fatigué, qui est de bonne humeur et qui sourit est plus efficace et plus épanoui qu’un employé surmené, sous-payé et qui fait grise mine. Nous devons absolument mettre devant nos clients des gens agréables. Pour ce faire, il faut les payer mieux, et diminuer leur temps de travail, petit à petit, au coup par coup ».
« Dans certains postes, c’est plus facile que d’autres (…) Le maître d’hôtel, lui, doit attendre le départ du client pour terminer sa journée. Et parfois, c’est long. Imaginons qu’à la fin d’un repas d’affaires, les convives commandent une bouteille de champagne. Le maître d’hôtel ne sera certainement pas intéressé à partir à ce moment-là, alors qu’il sent la possibilité d’un pourboire important. Cet exemple vous montre pourquoi le maître d’hôtel ne veut pas de la réduction du temps de travail ».
« Je prends un autre exemple. Dans un bistrot, quand un garçon sert en salle, il reçoit 10% à 15% des pourboires. Le souhait de ce garçon de café est d’économiser suffisamment pour acheter, dans vingt-cinq ans, le fonds de commerce à son patron. Si le patron embauche deux garçons de café à 35 heures, aucun des deux ne pourra jamais économiser suffisamment pour acheter le fonds de commerce. D’où trois malheureux, au lieu de deux. C’est très simple !»