Décidément, qu’elles se produisent en Thaïlande, en Indonésie, en Inde, au Sri Lanka, en Afrique ou ailleurs, les catastrophes naturelles frappent toujours les mêmes
les salariés et les travailleurs les plus pauvres qui n’ont ni les moyens de fuir ni de surmonter les dégâts. Parmi eux, inévitablement, les employés du secteur touristique.
Cette fois, c’est Katrina qui les dépossède de leurs conditions de vie aux Etats Unis.
Nous vous proposons la traduction d’un article de « The Stranger » de Seattle.

La pauvreté noire révelée
L’ouragan n’a pas seulement détruit la Nouvelle Orléans mais ses mensonges aussi…
Avant Katrina, 70% de la population de la Nouvelle Orléans étaient noirs. Après son passage, le chiffre doit monter à plus de 90%. Les images des morts, des violés, des affamés, des réfugiés, des naufragés rappellent celles des catastrophes humanitaires du tiers monde. Sans le savoir, on croirait que cela s’est produit dans une grande ville d’Afrique comme Lagos ou Nairobi. Mais ces images viennent d’une métropole mondialement connue située aux Etats-Unis.
On peut se demander : mais comment est-il possible qu’une ville prospère dans le pays le plus riche du monde puisse être ainsi transformée en quelques jours ?
Le premier à en être stupéfait est le Maire de la Nouvelle Orléans, Ray Nagin. « Vous voulez me dire que dans un endroit où transitent la plupart des resources pétrolières » a-t-il déclaré lors d’une émission de radio (rapporté par CNN) « que dans un endroit si unique qui fait étinceler les yeux des gens tout autour du monde quand on mentionne son nom – vous voulez me dire que cet endroit où des milliers de gens sont morts et continuent à mourir jour après jour, que nous ne pouvons trouver un moyen de faire venir les secours dont nous avons besoin. Allons ! ».
Il n’a fallu qu’un ouragan – qui est passé à côté – pour démontrer à quel point non seulement la Nouvelle Orléans et la nation américaine était peu préparées mais aussi à quel point les clivages raciaux et sociaux sont profonds. Maintenant, nous savons la réalité de la Nouvelle Orléans. Le jazz, les plats épicés, les bars aux allures sensuelles, les quartiers chics ne constituaient rien d’autre qu’un masque pour un système de classe sans compromis. Comme dans les pays du tiers monde, il existe aux Etats-Unis une division profonde entre ceux qui sont riches et ceux qui sont pauvres. Et les pauvres de la Nouvelle Orléans sont très majoritairement noirs. Ceux qui n’avaient pas les moyens de fuir.
L’économie de la Nouvelle Orléans provenait essentiellement – avant la catastrophe – du tourisme. Et ceux qui détenaient ses emplois les plus précaires étaient des américains-africains.
« Alors que la vaste majorité des salariés employés à nettoyer, à cuisiner et à servir dans les hôtels est noire, pas un seul hôtel n’a un propriétaire noir » souligne un rapport du HHROC (Hospitality, Hotels, and Restaurants Organizing Council), une association de 3 syndicats représentatifs des employés des hôtels de la ville. 42% des noirs de la Nouvelle Orléans vivent en dessous du seuil de pauvreté alors que la moyenne national est de 22% constate ce rapport.
La fureur de l’ouragan est venue et s’en est allée. Désormais le monde entier peut voir la pauvreté américaine nue – sans le jazz, sans le carnival, sans le Super Bowl – et reconnaître qu’elle n’est nullement différente que celle qui règne ailleurs dans le monde.

Article de Charles Mudede pour