A la suite de la catastrophe humanitaire qui a frappé l’Asie du sud-est le 26 décembre 2004, de nombreux Comités d’Entreprise de notre secteur professionnel ont contribué aux efforts de solidarité déployés par les Organisations Non-Gouvernementales (ONG). Certains d’entre eux, plus ou moins sollicités par leurs entreprises ont versé des sommes à des fonds de solidarité mis en œuvre au nom de ces mêmes entreprises (Accor, Hilton, InterContinental, Méridien, McDonald’s
)
Six mois après le désastre, il semblerait que l’expression massive de solidarité dont nous sommes tous témoins, ne soit toujours pas concrétisée sur place. On ne peut laisser nos collègues (1) croire à notre indifférence…

Un rapport de CSR Asia (2) concernant la région de Phuket en Thaïlande fait état d’un sérieux ralentissement de la reconstruction. En premier lieu, il serait du à une pénurie de main d’œuvre liée d’une part, à la fuite des travailleurs clandestins et d’autre part, au « retour au pays » des travailleurs venant d’autres régions de la Thaïlande.
En second lieu, la distribution des secours n’a pas été réalisée et d’énormes sommes restent bloquées par le gouvernement thaï. Réalisant enfin les conséquences écologiques d’une reconstruction à l’identique, le gouvernement n’a autorisé que la reconstruction des bâtiments endommagés. Ainsi, les hôtels, propriété des multinationales, pourront retrouver leur luxueux aspect d’antan. Le Holiday Inn vient de rouvrir ses portes et les travaux commencent au fameux Sofitel Khao Lak.
Par contre, le gouvernement ayant décrété une remise en état des bords de mer et la construction de « chemins du douanier », les immeubles (entièrement) détruits ne peuvent être rebâtis aux mêmes endroits. Les propriétaires de ces immeubles (cabanes d’hébergement, bars, restaurants, transports
) sont pour la plupart, des thaïs aujourd’hui emmêlés dans des procédures judiciaires pour récupérer des terrains plus éloignés des bords de mer. Ces disputes de propriété sont aggravées par la bureaucratie locale – la Thaïlande n’est pas un pays exempt de toute corruption. Certaines populations comme les gitans de mer sont ouvertement persécutés et forcés à quitter leur mode de vie.
Les hôpitaux et les écoles qui devaient être reconstruits plus à l’intérieur des terres en cédant leurs emplacements aux entreprises se trouvent également empêtrés dans ces disputes et relégués au troisième plan dans les priorités avouables ou non.
Sur l’ile de Koh Phi Phi, de très nombreux plongeurs sous-marins sont revenus sur place apporter leur aide aux efforts de nettoyage et de reconstruction mais aucun habitant n’a encore bénéficié d’un prêt de secours provenant des fonds internationaux gérés par le gouvernement.
Les tour opérateurs connaissant la réduction sans précédent du nombre de voyageurs dans le pays et en particulier dans la région, profitent de la situation pour exiger des tarifs au plus bas. Certains ne proposent que la moitié des prix payés en 2004.
Parmi les personnels hôteliers comme des autres professions, nombreux sont ceux qui ont perdu leurs emplois. Même ceux qui ont toujours un travail à temps plein ont du accepter des réductions de salaire. Les hôtels ne reversent plus le droit de service aux salariés alors que les clients continuent à le payer. Ainsi, certains ne touchent que le tiers de leur salaire « avant tsunami » et souvent, il n’y a plus qu’un salaire réduit pour nourrir toute une famille.
Le syndicat demande à ses équipes dans les Comités d’Entreprise d’être particulièrement vigilants quant à la distribution effective des fonds de solidarité aux destinataires et d’exercer toute la pression nécessaire pour que leurs entreprises s’en inquiétent également. Les multinationales, après avoir assuré leurs propres intérêts, peuvent maintenant user de leur influence pour que les populations locales retrouvent des conditions de vie et d’emploi normales.
Le syndicat invite également ses équipes chez les tour opérateurs et des agences de voyages à s’inquiéter de l’exercice de leur responsabilité sociale dans les pays victimes du tsunami.


(1) La plupart d’entre eux travaillent pour les mêmes entreprises que nous.
(2) Groupement de recherche en matière de Responsabilité Sociale des Entreprises basé à Hong Kong.