En sortant le décret attribuant le cadeau fiscal aux employeurs et en s’affichant au congrès de l’UMIH à quelques jours de son départ du Ministère des Finances, c’est un véritable bras d’honneur que Nicolas Sarkozy a adressé aux salariés du secteur des HCR. Soulignant les intérêts communs de cette organisation patronale et le parti politique dont il assume désormais les règnes, il a démontré à nouveau que la question de la baisse du taux de la TVA (et le cadeau fiscal en anticipation) n’est qu’une vaste opération politique destinée à acheter des voix aux futurs présidentiables de la majorité actuelle. Au point où le cadeau fiscal est finalement élargi aux employeurs de la restauration rapide, non prévus à l’origine.
Félicité par André Daguin, président de l’UMIH, membre éminent du groupe tourisme du Medef, dont le frère de « Monsieur le futur ex-Ministre d’Etat, cher ami, cher Nicolas » (dixit Daguin) est le bras droit du Baron Seillière, les applaudissements des congressistes ont célébré « la dynamisation du SMIC hôtelier ».
SMICards des hôtels, cafés et restaurants, souvenez-vous en !
Dans les années à venir, vous allez être de plus en plus nombreux ! Vous êtes déjà plus de 43% des effectifs totaux de la branche professionnelle. Mais avec ce cadeau fiscal, c’est sans doute ce pourcentage qui sera « dynamisé ». C’est la plus grande opération de nivellement par le bas jamais entreprise qu’il a lancée ! Car s’il est vrai que le fait d’adopter le SMIC normal en cessant de déduire la demi-valeur des avantages en nature peut amener un cadeau fiscal de 114,40 € par mois et par salarié, il est aussi vrai que les employeurs qui, par le biais de la rotation des effectifs, arrivent à baisser les salaires des tranches supérieures au montant exact du SMIC pourront toucher un cadeau plus important. Par exemple, un patron de café, tabac qui paie 110% du SMIC touchera 57,20 € de cadeau (par mois). S’il remplace ce salarié par un autre, payé exactement au SMIC, il économise sur le salaire brut 128,61 € par mois et touche 114,40 € de cadeau, soit un gain de 171,60 € (par mois). Mais cela ne s’arrête pas là car les mécanismes de réductions de charges sociales appliquées à toutes les entreprises viendront encore le favoriser dans cette démarche.
Par ailleurs, le coût de la suppression de la demi-valeur des AN est, sur le salaire brut, de 67,32 €. Les pertes de réductions de charges sont de l’ordre de 30 €. 114,40 € moins 97,32 € = un surplus de 17 €.
Quant à l’extension des mesures que ces 17 € devaient financer, pour l’instant, rien n’est moins sûr. Mais on se demande pourquoi les employeurs supprimeraient le SMIC hôtelier tant que cela n’est pas rendu obligatoire par un décret, compte tenu de la belle alternative de gagner de l’argent qui leur est offerte !