La règle d’or dans la restauration collective : moins on paie ses salariés, moins qu’ils sont nombreux, plus qu’on a de chances de remporter des marchés.
Sogeres, comme les autres, ne s’y écarte pas. Entreprise de restauration collective et concédée, elle n’a jamais été fusionnée à sa maison mère par crainte que le groupe Sodexho se retrouve accusé d’opérer un monopole sur les marchés. Ainsi, Sogeres est censée livrer une « saine concurrence » à son actionnaire principal lors des appels d’offres.
Pour y parvenir, Sogeres a adopté une politique salariale bien curieuse. En avril 2006, l’entreprise a négocié une nouvelle grille de salaires définissant non seulement des minima mais également des MAXIMA. Alors que cette grille pouvait paraître intéressante en avril, elle le paraît beaucoup moins depuis l’augmentation du SMIC au 1er juillet 2006.
Disparue de la grille, l’échelon 1A de la Convention Collective Nationale qui devait rester le seul niveau d’insertion pouvant avoir un salaire minimum en dessous du SMIC.
Le taux horaire du SMIC est désormais de règle à quelques centimes près pour la totalité des salariés au minima jusqu’à l’échelon 3 (à la seule exception de la qualification Chauffeur-livreur – attention, ils risquent de passer à la télé lors des canicules !).
Le SMIC est également de règle en terme de salaire maxima pour les catégories plongeur, employé(e) de service ou employé(e) de ménage. Les salariés qui se trouvent aux minima dans ces qualifications sont donc rémunérés à des tarifs inférieurs au SMIC et n’ont aucun espoir de gagner un jour davantage, puisqu’un montant inférieur au SMIC est défini comme salaire maximal.
Pire, les salaires intermédiaires (entre le minima et le maxima) n’auraient pas été augmentés. Aucun pourcentage « par défaut » ne serait appliqué. Les salariés attendent encore vainement une progression du montant figurant sur leurs bulletins de paie.
Ainsi, les salaires minima rattrapent inéluctablement ceux qui gagnent quelques euros davantage opérant un lissage vers le bas. Les maxima empêchent toute initiative d’augmentation qui pourrait être attribuée individuellement sans remettre en cause l’emploi du bénéficiaire par un passage à un échelon supérieur. Les règles de promotion sont strictes.
Pour donner la mesure, les salaires minima pour la catégorie Chef gérant – c’est-à-dire Chef de cuisine et Gérant, capable de gérer seul une unité de travail, superviser l’ensemble de la préparation, faire la cuisine, organiser et gérer son personnel – est de 123% du SMIC pour un temps complet à 151,67 heures mensuels (35 heures) !
La grille des personnels « parapublics » est toute aussi restreinte. Le SMIC jusqu’à l’échelon 3 où le minimum temps complet pour une Responsable de Cafétéria est de 6 euros supérieurs au SMIC.
Même au siège social, le SMIC est de rigueur jusqu’à l’échelon 3.
Mais attention : ce qui précède concerne les salariés à temps complet de 35 heures hebdomadaires. A Sogeres, l’horaire conventionnel est inférieur pour une bonne proportion des salariés. Ils effectuent 136,50 heures mensuelles, soit 6 heures et 18 minutes par jour ! Un horaire légèrement inférieur au temps complet mais insuffisamment pour faciliter l’exercice d’un second emploi.
Avec cet horaire, aucun salarié jusqu’à l’échelon 3 ne peut espérer gagner davantage que le SMIC dont les maxima définis sont inférieurs ou voisins. A une exception près, un montant inférieur au SMIC est défini comme salaire minima jusqu’à l’échelon 4 (agent de maîtrise).
Qu’est-ce qui permet de telles manœuvres salariales ? Dérivé du SMIC hôtelier, il existe un « SMIC RC ». Les employeurs sont autorisés à ajouter la moitié de la valeur des « avantages en nature » au montant du salaire pour le comparer au SMIC de droit commun.
C’est pourquoi la CFDT revendique son abolition !

N.B. Pour connaître notre opinion à propos des avantages en nature, lisez Le SMIC hôtelier ou comment valoriser les déchets